Chaque vol en F3K commence par le lancer spectaculaire du modèle. Les modèles F3K sont aussi appelés DLG, pour Discus-Launch-Glider (planeur à lancer discus). Comme leur nom l’indique, on les met en l’air avec une sorte de lancer en rotation (type discus). Ce mouvement de rotation permet de transmettre bien plus d’énergie au planeur qu’un lancer en javelot classique : on peut atteindre une accélération de 25 g et des vitesses de lâcher d’environ 150 km/h !
Maîtriser le lancer n’est malheureusement pas si simple. Comme souvent, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Les débutant·e·s envoient en général leur modèle à 20-25 mètres environ. Un planeur moderne ajoute peut-être 5 mètres de plus. Mais avec un peu d’entraînement technique, on progresse très vite et on atteint des hauteurs de lancer de 40, 50, voire 60 mètres. Au-delà, il faut un entraînement précis pour lancer à 70, 80 ou même 90 mètres de haut (le record du monde officieux frôle les 100 mètres).
Cederic Duss a rédigé un guide qui décrit le lancer F3K et le rend concret. Traduit par Val Kunti! Merci!

Guide du lancer
Cederic Duss, 16.03.2025
Pour commencer : il n’existe pas de technique parfaite. Chacun est différent, donc à toi d’optimiser ta propre technique. Je veux juste te transmettre quelques bases et te montrer comment je me suis moi-même entraîné pendant longtemps. Tout ce que j’écris ici vaut pour les lanceurs droitiers. Pour ceux qui lancent de la main gauche, tout est inversé.
Alors d’abord : quand on débute en F3K, on veut lancer haut le plus vite possible. Et c’est là tout le problème. On essaie d’arracher de la hauteur à la force des bras. Ça marche peut-être sur les 5 premiers lancers, et ensuite ça se complique. C’est pourquoi il est important, dès le début, de rester décontracté, de faire une rotation propre et de soigner la technique.
Deuxième point qui peut vite devenir dangereux : lancer « vers le haut » au lieu de viser l’horizon. Pour que le planeur grimpe raide dès le lâcher, on est obligé de prendre beaucoup d’élan en descendant le bras très bas derrière soi. Le souci, c’est qu’avec ce geste le bout d’aile finit tôt ou tard par accrocher le sol pendant la rotation, et là c’est l’explosion. Le moindre contact suffit : pendant le lancer, les ailes sont tellement sollicitées que leurs extrémités se courbent vers le bas. Il suffit alors qu’une pointe effleure le sol, et c’est la casse. C’est pourquoi je conseille plutôt de lancer vers l’horizon et de faire grimper le planeur ensuite, avec la position « départ » (Start).

Programmation des phases de vol
Commençons par les phases de vol dont nous avons besoin. Ça nous amène directement aux réglages du modèle.
Personnellement, j’utilise deux phases de vol pour le lancer. Chez moi, la première s’appelle « départ » (Start) : elle me sert à faire monter le modèle à la verticale dans le ciel après le lâcher horizontal, grâce à un trim de profondeur fixe. Elle reste active jusqu’à ce que j’aie l’angle de montée souhaité. Ensuite, je coupe la position « départ » et je passe en position « vitesse » (Speed). Celle-ci est réglée pour la vitesse de départ : ailerons légèrement décambrés et trim de profondeur ajusté pour que le planeur continue simplement à monter tout droit. Juste avant que le planeur n’ait perdu toute sa vitesse, je remets le modèle à l’horizontale en mettant plein piqueur. Pour pouvoir le remettre à plat plus vite à ce moment-là (plus de rotation autour de l’axe de tangage), j’ai entièrement mixé les ailerons avec la profondeur. Dès que je pousse le manche à piquer, les deux ailerons montent à fond. Je déplace ainsi le point de rotation du modèle et je peux le laisser monter plus longtemps avant de devoir le remettre à plat. À ce moment-là, je coupe la position « vitesse » et je vole en phase de vol standard en direction de la thermique.
Les deux phases de vol sont programmées sur l’interrupteur avant gauche de l’émetteur. La position « départ » sur le grand interrupteur à bascule (beaucoup utilisent aussi un interrupteur à ressort) et la position « vitesse » sur le petit, juste au-dessus. J’enclenche les deux phases de vol avant le lancer, donc avant même de commencer la rotation. La position « départ » est prioritaire et écrase la position « vitesse » : du coup, pendant la montée, il me suffit de couper la position « départ » (ou de relâcher l’interrupteur à ressort) pour me retrouver automatiquement en « vitesse ».
Certains pilotes programment leurs phases de vol au moyen d’interrupteurs logiques ou d’autres programmations, et désactivent par exemple la position « vitesse » en poussant le manche à piquer. Mais dans ce cas, le mixage avec les ailerons ne fonctionne plus. C’est pourquoi je préfère faire tout simple. Moins il y a de complexité, moins on risque d’oublier quelque chose dans une situation de stress (en compétition).
Technique de lancer





Comme déjà dit, au début de l’entraînement au lancer, ce n’est pas la hauteur de départ qui doit primer, mais la propreté de la technique. C’est même utile, et ça ménage le modèle, de faire ses premières rotations sans planeur pour prendre le geste.
Commençons par le tout début. On tient le modèle par le peg avec l’index et le majeur. Pour pouvoir lâcher avec précision, on saisit le peg vers l’extrémité des doigts. Faut-il le tenir tout au bout du doigt ou juste avant l’articulation ? À chacun de décider. Chez moi, le bord arrière du peg arrive juste au niveau de l’articulation du doigt. C’est comme ça que j’ai la meilleure prise tout en pouvant lâcher le modèle vite et avec précision.
Important aussi : ne pas crisper la main sur le peg ni coincer l’aile entre les deux doigts pour essayer de la tenir tant bien que mal. C’est le bon moyen de casser une aile. Tiens donc le modèle de façon décontractée par le peg, car plus tard, pendant la rotation, le modèle devrait déjà voler et ne plus avoir besoin d’être guidé.
Le mieux, maintenant, c’est de se placer face au vent, le modèle à l’abri du vent derrière le corps. Mettre une grosse tension (effet ressort) ou vriller fortement le buste à ce stade serait encore prématuré : ça ne ferait que sortir le modèle de l’abri du corps. Par grand vent, il offrirait alors une plus grande prise au vent et deviendrait instable. Reste donc seulement légèrement vrillé. Important : le bras doit déjà être complètement tendu à ce moment, et il le reste pendant toute la rotation. On cherche en effet à obtenir la plus grande circonférence de trajectoire possible, pour que le modèle atteigne aussi une vitesse élevée.
Voilà, nous avons la bonne position de départ et nous pouvons entamer la rotation.





Personnellement, je ne cours pas avant la rotation : au début, ça ne fait qu’apporter de l’instabilité, puisqu’on a déjà un déplacement rapide vers l’avant. C’est pourquoi, avant la rotation proprement dite, j’enchaîne les pas suivants : gauche → droite, puis j’engage déjà la rotation vers la gauche avec le pied gauche, que je pivote donc d’environ 90°. Le pied droit suit ensuite, lui aussi décalé de 90° par rapport au pied gauche. Vient à nouveau le tour du pied gauche. Comme nous avons déjà tourné de 180°, ce pied se replace dans la direction initiale et porte l’essentiel du poids. Ça permet de pivoter légèrement le pied droit et de pousser le corps vers l’avant, avant de ramener le pied droit devant le gauche. Et voilà, la rotation est déjà terminée. Pour l’illustrer, Ernst m’a réalisé un schéma. Un grand merci, Ernst 🙏.

Les pieds devraient maintenant savoir quoi faire. Occupons-nous à présent du buste et des bras. Personnellement, j’amorce la rotation avec le bras gauche en même temps qu’avec le pied gauche. Pour ça, je lance l’émetteur vers la gauche dans la rotation. Pour pouvoir accélérer le modèle le plus longtemps possible avant le lâcher, il nous faut du temps et de la distance. C’est pourquoi on laisse le buste « en place » un court instant, juste après que le pied gauche a amorcé la rotation. On vrille ainsi le buste et on se tend comme un ressort. On fait la même chose avec le bras tendu, si bien qu’on est complètement vrillé au final et qu’on a un maximum de distance pour libérer la tension et transmettre l’énergie au modèle.







Comme déjà mentionné, le bras reste toujours tendu, on tient le modèle de façon décontractée et le bout d’aile droit peut même reposer au sol avant qu’on amorce la rotation. Je traîne brièvement le modèle derrière moi, jusqu’à ce qu’il ait assez de vitesse pour voler de lui-même. C’est comme ça que je me mets le mieux en tension, comme expliqué plus haut.
Nous avons donc amorcé la rotation et placé le buste dans la bonne position. En principe, la règle est la suivante : plus le centre du corps reste dans l’axe de rotation, plus la vitesse de rotation est élevée. Moi, en revanche, je penche le buste vers l’avant. Dès que le pied gauche est de nouveau dans la direction initiale, on commence à relâcher la tension du buste et on accélère le modèle vers l’horizon, car on lance droit devant. Pour appuyer le mouvement, on se propulse vers l’avant avec le pied droit. L’idéal serait d’avoir entièrement accéléré le modèle avec le bras au moment précis où l’on a fini de se propulser sur le pied droit.
Maintenant, point crucial : il faut se laisser tourner encore un tout petit peu. Beaucoup veulent suivre le modèle des yeux et freinent déjà inconsciemment pendant le lâcher. Continue donc tranquillement de tourner d’environ 45° avant de te tourner vers le modèle.






Voilà, nous devrions avoir fait le tour des bases du lancer. J’espère que tu as pu suivre jusqu’ici et mieux te représenter le geste grâce aux images. Si j’ai décrit quelque chose de façon trop imprécise, ou si j’ai carrément oublié un point, n’hésite pas à me le signaler.
En résumé
- Les pieds suivent l’enchaînement de pas comme sur l’image. Sans le moindre sautillement.
- Pendant la rotation, le buste et le bras sont vrillés et mis en tension le plus fortement possible.
- On accélère le corps avec le pied droit, on libère le buste de sa tension et on accélère le modèle avant de le lâcher vers l’horizon.
- On tient le modèle de façon décontractée par le peg. Sans jamais forcer sa position.
- La rotation doit être la plus dynamique et fluide possible.
- Au début, on met le moins de force possible : on cherche plutôt un mouvement souple et dynamique, ainsi que suffisamment de temps et de distance pour accélérer le modèle depuis le buste.
Le plus important : prends du plaisir. Ça passe avant la hauteur de lancer ultime. Car c’est seulement quand on s’éclate qu’on progresse (ou, dans notre cas, qu’on monte plus haut). 😎😉👍
Autres ressources
D’autres pilotes ont réalisé de super vidéos qui montrent le lancer.